L’éclairage de Najet Araari (FEDF) vise le cyber-harcèlement ciblant les femmes et le vide juridique autour des féminicides

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La-femme (L’éclairage de Najet Araari – FEDF) – À l’occasion d’une rencontre de plaidoyer organisée par le Front pour l’égalité et pour les droits des femmes (FEDF), Najet Araari, chercheuse en sociologie et coordinatrice du Front, a livré un plaidoyer rigoureux pour l’adhésion de la Tunisie à la Convention de l’Union Africaine (AU-CEVAWG). Entre vide juridique numérique et reconnaissance des féminicides, voici pourquoi ce traité est le chaînon manquant de notre législation.

Un bouclier contre la violence dans l’espace numérique

Pour Najet Araari, la technologie n’est plus un simple outil de communication, mais un espace où se cristallise une nouvelle forme de domination. Elle souligne que la violence numérique se distingue par sa « dématérialisation » : elle est à la fois sans limites géographiques (aspatiale) et permanente dans le temps (atemporelle).

« La violence dans l’espace numérique est le prolongement direct de la violence réelle, mais avec un effet multiplicateur dévastateur », explique-t-elle. Si la Loi 58-2017 a posé des bases solides, elle peine encore à qualifier précisément le cyber-harcèlement et le chantage numérique ciblant spécifiquement les femmes. La Convention africaine apporte des définitions claires et des mécanismes de réponse adaptés à ces menaces du 21e siècle.

Pour une Sortie de l’invisibilité & la reconnaissance du « Féminicide »

L’un des points les plus saillants de l’intervention de la coordinatrice du FEDF concerne la qualification pénale des meurtres de femmes. Actuellement, le droit tunisien traite ces crimes sous l’angle du droit commun, occultant souvent leur dimension de genre.

La ratification de la Convention de l’UA permettrait d’introduire officiellement le concept de « Féminicide » dans l’arsenal juridique tunisien. Pour le FEDF, nommer le crime est la première étape pour mieux le combattre et pour produire des statistiques fiables permettant de construire des politiques de prévention efficaces.

Pour une Justice spécialisée : Au-delà de la plainte, le droit au résultat

Mme Araari dénonce un obstacle majeur : les difficultés d’accès à une justice réellement protectrice. Trop souvent, les plaintes pour violences numériques sont redirigées vers le Décret 54 ou le Code des télécommunications, évacuant ainsi la protection spécifique due aux victimes de violences de genre.

Le plaidoyer du Front est clair :

  • Spécialisation : Création de chambres judiciaires dédiées avec des magistrats formés.
  • Effectivité : Garantir que l’aide juridictionnelle ne soit pas qu’un principe théorique mais une réalité pour toutes les Tunisiennes.
  • Dignité : Assurer un traitement qui respecte l’intégrité de la victime dès le dépôt de la plainte.

Un leadership africain à réaffirmer

Najet Araari rappelle que la Tunisie a activement participé à l’élaboration de cette Convention continentale. Ne pas la ratifier aujourd’hui serait un signal de recul. Dans un contexte mondial marqué par la montée de mouvements hostiles aux droits des femmes, l’adhésion à ce traité renforcerait la position de la Tunisie comme phare des droits humains en Afrique.

« Il s’agit d’un engagement pour la dignité. Chaque femme a le droit de vivre en sécurité, que ce soit dans l’espace public, professionnel ou numérique », conclut-elle avec fermeté.

Najet Araari en Vidéo

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