Du désir de savoir au plaisir d’apprendre, ou la ruse du pédagogue…

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Tunisie (désir de savoir) – « Tous les hommes désirent naturellement savoir » disait Aristote. Tout enfant naît spontanément avec ce désir, cette envie de savoir, de comprendre le monde dans lequel il arrive. Mais ce désir de savoir, cette envie de comprendre peut rapidement se transformer en cauchemar si l’enfant dans sa recherche ne trouve pas de plaisir…

Désir de savoir : « Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent. » Antoine de Saint-Exupéry

L’enfant à trop vouloir risque de s’épuiser : vouloir savoir, vouloir tout comprendre c’est mourir avant d’avoir vécu. Partir à l’aventure d’un monde inconnu n’est pas sans danger pour celui qui n’est pas préparé. Sur le chemin de son périple, l’enfant va rencontrer des obstacles.

A ne pas réussir à les franchir, à voir sa quête s’éloigner, il risque rapidement de se décourager, de ne plus être motivé et de perdre tout désir de savoir.

Savoir n’est pas apprendre. Mais pour trouver du plaisir dans ses apprentissages, l’enfant doit garder son désir de savoir, cette petite lumière dans son regard.

Alors comment faire ? Comment passer du désir de savoir au plaisir d’apprendre ?

Comment permettre à l’enfant de rester curieux, de continuer à s’émerveiller du monde qui l’entoure en apprenant à grandir et à se construire ?

Comment dans notre société actuelle, où les verbes vouloir et pouvoir sont rois, l’enfant peut-il réussir à garder le désir, c’est-à-dire le moteur principal de la vie et du bonheur présent. Comment peut-il accepter de se tromper, de tomber un jour et d’arriver à se relever de sa chute, le lendemain ?

Comment peut-il retrouver l’envie, l’envie d’avoir envie, de rallumer sa vie… ?

Le désir de savoir ne peut se déclencher mécaniquement. C’est par une rencontre sur le chemin de l’école, que ce désir va naitre ou renaitre. Il n’y a pas de hasard, disait Eluard, il n’y a que des rendez-vous… C’est par la rencontre entre l’enfant et un pédagogue, que la magie de la métamorphose va pouvoir s’opérer. L’enfant ne va plus être seul face aux savoirs. L’enfant devenu disciple va pouvoir alors apprendre seul avec les autres dans la classe. En sécurité, entouré de ses camarades, sous le regard bienveillant de son maitre, l’enfant n’a plus peur d’affronter les obstacles en prenant des chemins de traverse et en regardant le paysage.

L’enfant peut alors apprendre, oser se perdre, accepter de ne rien posséder et revenir à ses besoins essentiels ! Avoir faim, avoir soif … de savoir pour créer, donc devenir auteur et acteur de sa vie. Le maitre à ses côtés, l’accompagne à cueillir, mais aussi à accueillir ses nourritures pour les partager avec les autres …

Albert Jacquard, a dit : « La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir… Sans imagination il ne pourrait y avoir création. »

C’est donc par la création que l’enfant va passer du stade de survie à celui de vie. Mais comment le pédagogue va-t-il s’y prendre pour mettre l’enfant en situation de création ? Tout simplement, en rusant, tel un renard socratiste ou/et rousseauiste ! Entre autorité et liberté, le maitre va laisser à l’enfant la possibilité de s’exprimer.

Le métier d’éduquer, est un art qui s’inscrit dans une relation vivante entre le maitre et ses disciples. Une relation orale d’apprivoisement fondée sur des interrogations-réponses. En feignant l’ignorance, le pédagogue va entrainer ses élèves dans un voyage de la pensée. Ensemble, sur un thème, à partir d’un mot, ils vont discuter, évoquer, ressentir, témoigner, mettre en commun…

Balzac lui-même disait : « Souvent, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un seul mot ».

L’art est cependant difficile puisque tout repose sur l’écoute de l’autre et sur l’intérêt que porte le maitre aux enfants, un intérêt sans jugement. Les élèves se sentant valorisés, importants aux yeux du maître continuent de répondre aux questions. Le désir d’aller plus loin dans la réflexion, leur permet d’explorer les profondeurs de leur pensée, donc de faire sens à leurs yeux. Face à leur vérité, ils gagneront de la confiance, désireront poursuivre, oseront, prendront alors du plaisir à apprendre, à découvrir des mondes jusque là incertains et deviendront des acteurs de leur destin.

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Se sentant libres, tout devient alors possible pour eux… Cette liberté leur permet d’être et donc de devenir auteurs! L’hémisphère droit de leur cerveau prend le pas sur le gauche. Ils ne sont plus dans l’analyse et la réflexion… Ils sont entrés dans un autre monde, celui de l’émotion. Leurs sens sont en alerte et c’est magique, leurs créations prennent vie. L’enfant redevient cet être créateur, spontané, qui agit sans en attendre un résultat particulier, le lâcher prise dans le moment présent. Sa singularité du moment fait son originalité, Il est, tout simplement !

L’acte de créer devient une victoire à chaque fois sur la banalisation de son existence. En libérant sa créativité, l’enfant devient lui et il est heureux. Le désir est là. Il est prêt à s’impliquer dans son travail donc dans le plaisir de l’attente d’apprendre.

Le maitre va alors pouvoir apparemment se soumettre au désir de savoir de l’enfant mais va introduire un nouvel obstacle à ce désir. L’enfant pour assouvir son besoin mais aussi voulant toujours briller dans le regard du maitre, va se dépasser et c’est alors qu’il va apprendre.

Le pédagogue à ce moment là, doit accepter la non maîtrise, laisser faire l’enfant dans sa recherche de quête mais sans laisser aller, permettre à l’enfant de grandir à son rythme et de trouver sa place parmi les autres. Il reçoit le travail de l’enfant sans appréhension, en reculant ses propres sécurités, et en restant lui-même, lui aussi, authentique et émerveillé.

Rousseau disait que, « pour être le maître de l’enfant, il faut être son propre maître et c’est en effet un art difficile ». C’est à ce prix que l’enfant pourra créer, imaginer, voyager dans sa tête et le pédagogue s’étonnera du travail de l’enfant : la ruse libère le désir de liberté, donc le désir d’apprendre. La confiance gagnée de chaque côté, le pédagogue pourra entraîner sa classe dans une pédagogie active de projet.

Chaque enfant deviendra partenaire, amenant avec lui sa singularité, son originalité, sa créativité, ses talents et surtout son désir de savoir, son envie de partage avec les autres et de coopération. Le maître s’effacera, car lui sait une chose, c’est que bien qu’expert, il ne sait rien. Les enfants pris dans le plaisir de l’action et du moment présent, continueront. Le maitre de plus en plus dans ses doutes pensera que c’était impossible et ne pourra que constater à la fin avec émerveillement, que ses élèves l’ont fait…
Les renardeaux auront dépassé Maître renard dans l’art de la ruse…

par Cécile Filliatre

 

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