L’engagement (…ou les hommes qui ont peur de s’engager !)

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A l’heure de la simplification administrative, les procédures se multiplient pour lier la destinée de deux êtres : Mariage, Pacs, concubinage … Mais la première pierre de l’édifice, c’est un engagement moral. Et c’est là que le bât blesse. Récit.

Définition : Que veut dire au juste le mot engagement ? Le dictionnaire nous en donne la définition suivante : « Promesse formelle, acte par lequel une personne s’oblige volontairement ; obligation qui en résulte ».

Un constat alarmant Il suffit d’aller faire un tour sur les forums de discussion, sur les sites Internet qui parle de psychologies ou qui parle aux femmes, il suffit d’écouter les témoignages de femmes qui nous entourent, de lire la presse, de regarder les émissions à la télé, nombreuses sont les plaintes faites aux hommes qui ont peur de s’engager. Deux Américains en ont même fait un livre « Ces hommes qui ont peur d’aimer », best-seller outre-atlantique au même titre que Mars et Vénus et ouvrage qui est à l’origine de séminaires d’aide psychologique et de thérapies individuelles ou de couple.

De plus en plus de femmes sont confrontées à un homme qui après quelques semaines ou quelques mois de bonheur prend ses jambes à son cou dès qu’il s’agit d’officialiser la relation que ce soit par l’évocation de la vie commune ou une simple discussion sur l’avenir du couple. Parfois même, après des semaines de séduction intensive, la femme s’étant laissé prendre au jeu et la relation débutant, l’homme y met un terme laissant sa partenaire désemparée et aux prises avec une totale incompréhension.

Tels sont les témoignages fréquents de femmes qui ne savent plus comment faire pour mener une relation sécurisante et qui ne savent plus comment agir avec les hommes.

Phénomène de société ? Paranoïa féminine ?

On est en droit de s’interroger sur un état de fait qui plonge peu à peu les femmes dans une méfiance vis-à-vis du beau sexe et qui nous promet une génération entière de célibataires. Plusieurs typologies de phobique de l’engagement. J’ai choisi de définir quelques portraits types de l’homme qui a peur de s’engager : Le légèrement touché qui ne demande qu’à se guérir, le phobique réel qui n’a aucune prise sur son mal et le résigné qui évite d’être face à l’objet de sa phobie. Je préciserais néanmoins que les degrés de réticence à l’engagement sont au moins aussi nombreux que les hommes sur terre. Certains hommes éprouvent une difficulté à prendre des décisions, quel que soit le domaine. Il peut s’agir du choix d’une voiture, d’un lave-linge ou du fait de se mettre en couple.

Dans ce cas précis, l’homme est en proie à un manque de confiance en lui qui l’empêche de justifier ses choix par le fait qu’ils émanent de lui. Cet homme n’a tout simplement pas confiance en son jugement, ses choix lui paraissent toujours erronés, c’est pourquoi il rebute inconsciemment à s’engager de quelque manière que ce soit, mais surtout sur le plan sentimental.

D’autres hommes sont sincèrement attirés par des femmes et sont capables de mettre une énergie phénoménale dans la séduction. Mais une fois l’objet de la convoitise acquis, après avoir passé des moments agréables et même dans le cadre d’une relation qui se déroule parfaitement bien, l’homme décide subitement de rompre, provoquant l’étonnement de sa compagne qui ne comprend pas pourquoi après lui avoir tant couru après, il met fin à cette histoire. Dans certains cas, l’homme a beau être amoureux et heureux avec sa moitié, il décide de rompre et de renoncer à poursuivre la relation.

L’impact sur la femme est important, elle n’a pas d’explications, se culpabilise et se demande quelles erreurs elle a pu faire.

Ces hommes n’ont pas conscience que leur comportement est dicté par un problème plus profond, ils pensent simplement ne pas avoir trouvé la bonne personne. Certains hommes vont plus loin en donnant une image des plus négatives d’eux même afin de dégoûter la femme et d’être sûre qu’elle ne cherchera pas à le récupérer. Pour certains hommes le blocage est tel qu’il joue sur le physique et peut anesthésier le désir sexuel voire même l’érection.

Certains hommes enfin, ont pleinement conscience de leur incapacité à s’engager et mènent leur vie en célibataire avec une certaine résignation. Ils se disent incapables d’aimer quelqu’un, de ressentir un sentiment amoureux. Même s’ils sont conscients de leur état, ils ignorent parfois les causes profondes de cette difficulté et en occultent les causes probables. Ils vont inconsciemment tenir les femmes à l’écart et se rendre le moins disponibles possible. Ils ne sont pas à l’abri de sentiments ou d’attirance pour une femme, mais n’entreprendront aucune démarche pour l’aborder tant leur refus de l’engagement est ancré en eux ou mettront rapidement fin à la relation tant elle les met mal à l’aise.

Que se passe-t-il dans leur tête ?

Tout le monde sait que le meilleur moyen de surmonter une rupture est d’avoir un minimum d’explications, de comprendre ce qui a poussé l’autre à prendre cette décision. Dans le cas d’une rupture « normale », sont en cause le manque de sentiments, l’incompatibilité, les disputes fréquentes et même si cela est douloureux, la personne délaissée comprend ce qu’il est en train de se passer. En revanche, quand la relation se passait normalement, que les sentiments étaient là et que rien ne vient justifier la rupture, que l’homme a pris la fuite sans un mot pour expliquer sa décision, les conséquences sur la femme peuvent être désastreuses, dégradation de son image, perte de confiance en elle, culpabilisation,… Il est alors intéressant de chercher à comprendre ce qui peut se passer dans la tête d’un homme au moment où il prend ses jambes à son coup. Il n’en est d’ailleurs souvent lui-même pas conscient.

La cause du processus qui le pousse à agir ainsi est en majeure partie la peur. Ce sentiment prend possession de son être et la fuite est le meilleur moyen de s’en libérer. Cherchant à fuir la situation qui provoque cette panique chez lui, l’homme décide de rompre, quitte à le regretter. La relation le met face à des obligations, face à lui-même, face à ses propres besoins et cela lui est insoutenable.

D’où vient cette peur ?

pousser-homme-engagerLes causes de la phobie de l’engagement sont multiples. Elles sont psychologiques, traumatiques, mais également générationnelles. L’être humain se construit au sein d’une famille, il côtoie des hommes et des femmes dés sa plus tendre enfance et ses rapports au sexe opposé seront en grande partie déterminés par les relations qu’il entretient avec ses parents. Le fait de pouvoir s’engager dans une relation sera alors fonction de plusieurs critères, la confiance en soi, la sécurité intérieure, la capacité à être disponible pour quelqu’un, la capacité à donner de soi, à aimer et à être aimé, mais également la confiance en l’autre.

Prenons l’exemple d’un petit garçon qui a été abandonné par sa mère dans son jeune âge. Le traumatisme sera tel qu’il sera porté à rechercher toute sa vie une femme dont il sera sûr qu’elle ne partira pas.

L’angoisse d’un second abandon sera tellement forte qu’à chaque fois qu’il sentira monter en lui des sentiments pour une femme et donc une certaine dépendance, il préfèrera fuir plutôt que de risquer de souffrir à nouveau si la femme venait à le quitter. Prenons le cas d’un homme dont la mère a toujours eu une emprise, même subtile, sur lui.

Une mère qui a étouffé son enfant par un trop plein d’affection, par de la surprotection, par une ingérence dans sa vie personnelle. Cet homme devenu adulte aura tendance à vouloir conserver une certaine liberté et surtout toute femme sera une potentielle nouvelle mère, avec tout le danger que cela comporte : Être étouffé, être manipulé, être coincé. Dés qu’une relation deviendra sérieuse, il n’aura qu’une envie, se sauver pour ne pas se sentir pris au piège.

Les causes ne sont pas toujours aussi claires et extrêmes, mais l’effet sur l’homme adulte est toujours sensiblement le même, la peur de revivre une situation douloureuse ou traumatisante. De la même façon, les premières relations amoureuses et notamment une expérience malheureuse pourront être déterminantes dans la vie sentimentale de l’homme.

Une infidélité, une rupture, viendront soit renforcer les névroses déjà existantes soit creuser des blessures qu’il sera difficile de panser par la suite et que chaque nouvelle relation viendra rouvrir.

Enfin le rôle de la femme n’est pas négligeable dans l’évolution des rapports avec les hommes. Il ne faut pas laisser de côté un élément déterminant dans le choix d’un partenaire : une femme est attirée par un homme qui comblera potentiellement ses besoins, mais les inconscients se parlent à notre insu et une femme qui choisit un homme mal à l’aise dans son intimité et en général un phobique de l’engagement peut se poser des questions quant à son propre désir d’engagement.

En effet, une phrase dit : « Aimer c’est donner la possibilité à l’autre de nous faire souffrir », l’amour rend vulnérable, l’amour renvoie à notre peur originelle de l’abandon, il est alors compréhensible que le couple soit synonyme de souffrance potentielle et qu’il soit si anxiogène.

C’est pourquoi certaines femmes qui se plaignent de ne rencontrer que des hommes qui ont peur de s’engager réalisent à la faveur de psychothérapies qu’elles-mêmes sont victimes de cette peur et qu’elles ont naturellement été attirées par des hommes qui ne représenteraient pas un danger pour elles. Enfin, un féminisme parfois extrême et une volonté pour toute une génération de femmes de s’affranchir enfin de l’emprise des hommes a donné lieu à des abus de toutes sortes.

Une envie inconsciente de se venger de leurs pères, des hommes en général a poussé certaines femmes à faire de leurs fils des anti-machos, des hommes à l’image d’elles-mêmes.

Ceci partant pourtant d’un bon sentiment, elles n’ont pas réalisé les conséquences que pouvaient avoir leurs actes. Cette génération d’hommes élevés par des femmes indépendantes et assoiffées de revanche se posent aujourd’hui la question de leur légitimité, de leur place dans la société.

Comment assumer sa virilité quand celle-ci est perçue comme un danger pour la femme ? Comment rester un homme sans passer pour un machiste ? Comment garder sa place d’homme dans une société où la femme tend à devenir son égale ?

Ces hommes ont alors vite fait de tomber dans des schémas excessifs. D’un côté le carnassier, mangeur de femmes, séducteur à outrance et sexiste, qui par sa peur des femmes en vient à ne plus la respecter. L’utiliser devient un moyen pour lui de s’en protéger. De l’autre, l’homme « moderne », qui assume une certaine part de féminité, qui tend à devenir un homme-femme pour ne pas dénoter et s’éviter les foudres de féministes qui voient en chaque soupçon de testostérone l’ombre du patriarcat et du machisme. Tout ceci tendrait donc à expliquer la recrudescence de la phobie de l’engagement.

Que faire face à un homme qui a peur de s’engager ?

Avant toute chose, il est important d’identifier ses besoins et ses attentes au sein d’un couple. Connaître et assumer ses désirs est le meilleur moyen de rencontrer les bonnes personnes et de fuir celles qui seront susceptibles de nous faire souffrir. Si une femme est consciente de son envie de s’engager dans un couple solide et durable avec un homme rassurant et sûr de ses choix, elle sera plus à même de repérer les phobiques de l’engagement rapidement et fuira ce type de relations dans lesquelles il faut se battre avec les démons de l’autre et avec ses propres frustrations. Dans la même optique, il faut apprendre à se nourrir soi-même et à ne pas attendre de l’autre qu’il comble nos moindres manques, qu’il efface et panse nos blessures.

Apprendre à vivre seule, à être indépendante affectivement permet de nouer des contacts plus enrichissants avec l’homme que nous rencontrons.

Nos attentes sont moins fortes et il le ressent. Il se sent alors moins en danger et peut prendre le temps de s’habituer à l’idée du couple sans se sentir pressé, jugé ou coincé. Face à une phobique de l’engagement, il ne faut pas être tentée de jouer les psy et il faut trouver la force de mettre un terme à la relation si celle-ci n’est pas satisfaisante ou surmonter la fuite de l’homme en ne cherchant pas à le récupérer. S’il doit revenir, il reviendra quand il aura compris ce qu’il a perdu. S’il doit entreprendre un travail sur lui, il ne faut pas oublier que la phobie de l’engagement est une vraie névrose, il le fera de lui-même au moment où il se sentira prêt et uniquement s’il en ressent le besoin. Ne perdez pas d’énergie dans une lutte contre plus fort que vous. Tâchez de ne pas vous remettre en cause et de ne pas vous dévaloriser.

En revanche, s’il tient à la femme de se protéger, l’homme n’est pas pour autant libre d’agir comme il le souhaite et il doit avant toute chose réaliser que son comportement est loin de n’engager que lui. Prendre la fuite pour se préserver et se protéger est une chose, mais il faut comprendre qu’en face, se trouve une femme, avec un cœur. Monsieur, si la rupture a sur vous un effet apaisant et sécurisant, elle a en revanche un effet terrible sur la femme. Celle-ci se retrouve seule face à ses questions, sa souffrance et ses peurs. Il lui faudra du temps pour se remettre d’une telle expérience. Réfléchissez avant d’entamer une relation, ne promettez pas à une femme ce que vous ne pourrez pas lui donner, n’agissez pas de façon égoïste. Si vous n’êtes pas prêt et si vous sentez que vous ne serez pas capable de rester longtemps avec quelqu’un et même si cette personne vous plaît, abstenez-vous, vous lui feriez trop de mal en lui retirant quelque temps plus tard, ce que vous avez commencé à lui donner.

Comment sortir de l’impasse ? La situation actuelle n’est pas incurable, chaque sexe ayant son rôle à jouer.

Dans le cas de la phobie de l’engagement, les causes sont identifiables et identifiées. Charge à l’homme concerné d’en prendre conscience, d’admettre son « problème ». Charge à la femme de ne pas lui jeter systématiquement la pierre et de comprendre d’où vient cette peur. Si la femme sait trouver les mots justes, si elle sait rassurer l’homme, ne pas attendre de lui ce qu’elle devrait savoir se donner à elle-même, s’il sait comprendre et assumer son besoin de liberté ; Si l’homme exprime ses émotions, ses peurs, ses doutes, s’il apprend à communiquer, s’il met son orgueil de côté, il fera la découverte de l’immense empathie de la femme, de sa capacité à entendre, à écouter et à comprendre.

L’homme pourra alors ne plus craindre de s’engager.

Et puis qu’est-ce que l’engagement au fond ? Le couple n’est plus une prison, chacun est libre de partir, au moment où il le souhaite, nul n’est tenu d’aimer toute une vie.

Messieurs, la femme vous demande de lui être fidèle, de la respecter, de lui faire confiance, d’être sincère… ?

Melle G.

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