Insaf Boughdiri, journaliste modèle et atout maître au sein d’El-Hiwar Ettounsi

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  • Adolescente, Insaf Boughdiri rêvait déjà de ce beau métier de journaliste. Le journal « Le Renouveau », lui a permis de faire ses premiers pas et acquérir une expérience de qualité, pendant les 18 ans passés aux côtés notamment de Houcine Ben Achour, qu’elle considère comme son mentor.
  • Insaf Boughdiri est actuellement rédactrice en chef et coordinatrice des productions à la chîne TV « El Hiwar Ettounsi ».
  • Faisant passer son métier avant tout et ayant tout, du profil de la femme émancipée, ambitieuse et déterminée, elle a su insuffler une éthique journalistique sans faille à ses collaborateurs.

La-Femme (portrait d’Insaf Boughdiri) – « …depuis l’âge de 14 ans, je savais que je deviendrais un jour journaliste », déclarait Insaf Boughdiri en évoquant des souvenirs d’enfance où elle passait des heures à regarder les JT de Rai Uno, dont elle admirait la qualité de traitement de l’information. «Ce métier m’a très tôt attiré par sa noblesse, car en plus de sensibiliser les téléspectateurs sur les événements du monde, il exige du journaliste de savoir manier avec adresse l’art de raconter des histoires»,expliquait-t-elle.

Alors qu’elle désirait rejoindre l’IPSI, dès l’obtention de son bac, elle a du se résigner à s’engager dans le chemin que lui avait tracé son père, dans les métiers du droit, en intégrant la faculté des Sciences juridiques de Tunis.

«Le droit ne m’intéressait que très peu, mais je dois toutefois avouer que le cursus juridique est pourvoyeur d’un ensemble d’outils intellectuels qui permettent d’aborder intelligemment l’actualité politique et sociale», nuance-t-elle. Après l’obtention de sa maîtrise en 1992, elle estime que son entrée dans l’âge adulte peut et doit se justifier d’un choix de carrière individuel et indépendant, et non dicté par l’autorité de la figure paternelle. Et sollicite son frère, journaliste au sein de La Presse, pour lui faire une petite place au sein du monde de la presse écrite.

Il l’épaule alors dans la préparation de sa candidature au Renouveau, organe médiatique du RCD, qu’elle intègre aussitôt et pour les 18 années à venir. Un choix qu’elle ne regrette pas, en ce qu’elle s’était engagée au début de sa carrière dans une démarche apolitique d’apprentissage de l’exercice de la presse écrite, et non du journalisme d’opinion. «J’ai par ailleurs été assistée et encadrée par des journalistes pour qui j’ai encore beaucoup d’estime aujourd’hui, dont Houcine Ben Achour, l’un des meilleurs journalistes économiques tunisiens», affirme-t-elle.

La rigueur comme maître-mot

Elle regrette que l’esprit du métier de la presse écrite, pluridisciplinaire et exigeant à l’époque, se soit aujourd’hui relâché. «La rigueur n’est plus de mise, soupire-t-elle. Il fut un temps où nos boss déchiraient devant nous nos feuillets à la moindre coquille dans le chapeau de l’article! L’exigence est le seul moyen à même de booster l’apprentissage du métier…»

Depuis, elle n’a qu’un objectif : « tenter d’emboîter le pas à ses anciens mentors et de faire sienne leur capacité de vulgarisation et d’analyse critique », dit-elle, « de thèmes aussi difficiles à appréhender pour le profane que les rouages des marchés financiers, les enjeux de la culture ou encore les manigances politiques ». Bien qu’elle se situe surtout, actuellement, du côté des coulisses d’El Hiwar, elle est restée très attachée à l’écriture. En plus d’avoir contribué au lancement de BusinessNews en 2009, elle continue de collaborer avec divers journaux, dont « Réalités ». La téléspectatrice fan de « Rai Uno » a même rédigé pour l’agence de presse italienne, en écrivant dans la langue de Dante !

Entrée à Nessma TV

Contactée par le producteur Elyes Gharbi, elle est sollicitée pour contribuer au lancement de Ness Nessma, fin 2010, pour en être la rédactrice en chef. Mais celui-ci se heurte à ses réticences. «Le contenu de l’émission, qui devait être axé sur le divertissement, ne correspondait pas à mes compétences, plus centrées sur la politique et l’économie», raconte-t-elle. Elle prend alors le temps de la réflexion, mais est séduite par l’idée de se lancer dans l’univers télévisuel, «porteur de nouveaux challenges» et d’écrire pour l’image. Coup de chance pour elle : la révolution advient. Nessma TV prend alors une tournure plus libre, plus politique, et ouvre des perspectives pour la journaliste. Elle devient la plume des news. Une responsabilité très lourde, en raison notamment des suspicions qui pesaient à l’époque sur la fiabilité des sources présentes sur le terrain et de la pression du direct.

«En six mois, j’ai appris ce qu’étaient la machine télévisuelle, ses coulisses, ses détours. D’une relation simple avec mon stylo et mon patron, je me suis immergée dans les sentiers sinueux de la chaîne logistique de la télé où le journaliste, le monteur, le mixeur, le cadreur et le régisseur travaillent en étroite collaboration», explique-t-elle.

Elle apprend la hardiesse et la direction du travail d’équipe. La direction de la chaîne l’envoie suivre une formation chez France 24 et TF1, où elle assiste de près à des journaux télévisés.

Mais Nessma, malgré son fort potentiel d’audience, commence, selon elle, à piétiner. C’est le moment pour Insaf d’embrasser de nouveaux horizons. Après une période de tâtonnement, elle signe en février 2014 un contrat avec El Hiwar Ettounsi en tant que rédactrice en chef de l’émission J8. A partir de mai 2015, elle prend du galon et commence à assurer la coordination entre les différentes productions de la chaîne.

Attachée à la neutralité journalistique, elle tient à ce que les invités des émissions sur lesquelles elle a un droit de regard soient issus de courants différents, indépendamment de la ligne éditoriale de la chaîne, progressiste de gauche.

Lors de la dernière saison, elle a géré, en tant que coordinatrice des productions, l’orchestration des invités et leur répartition entre les différentes émissions de la chaîne. «La quotidienne de Myriam Belkadhi prime sur toutes les autres, explique-t-elle. Si elle choisit d’inviter une personnalité pour éclairer une actualité chaude, je dois faire en sorte qu’elle soit la seule à pouvoir le faire: éviter les redondances entre les émissions d’El Hiwar est primordial, au risque de plonger le téléspectateur dans l’ennui!»

Perfectionnisme à toute épreuve

Selon elle, ses collaborateurs ont quelquefois tendance à lui reprocher son perfectionnisme, sans toutefois que cela ne nuise aux liens qu’elle a pu tisser avec eux. «Je n’ai eu aucun affront avec eux, mais je sens bien que mon intransigeance sur certains aspects du métier, notamment en ce qui concerne la manière de mener une enquête sur le terrain, les titille!», tout en souriant. Elle regrette cependant que les jeunes journalistes de la chaîne, qu’elle semble intimider, l’appellent «Madame», ce qui a, selon elle, tendance à «mettre des barrières qui peuvent constituer une entrave au déroulement sain et décomplexé du travail d’équipe».

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Sa fermeté dans la poursuite de ses objectifs ne l’empêche toutefois pas de témoigner pour certains de ses collaborateurs une tendresse mêlée de reconnaissance. «Le succès du J8 et la notoriété dont bénéficie cette émission sur la scène médiatique, dit-elle, doivent beaucoup au talent de Hamza Belloumi, grand bosseur qui m’a beaucoup appris, et pour qui j’ai un profond respect».

Une inflexibilité résolue, un entrain intrépide- «alors que j’ai longtemps eu du mal à vaincre ma timidité » -, une discipline sans concession…

Insaf avoue être parfois sujette à des moments d’angoisse, tant elle est passionnée par ce qu’elle fait. «Je ne tolère pas les échecs, s’exclame- t-elle. Mais je voudrais insister sur une chose : mes relations professionnelles ne sont pas toujours émaillées de tensions ! Et quand un collègue accomplit du bon boulot, je ne souhaite qu’une chose : l’inviter à boire un pot !».

Source : Leaders (N.B.)

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