Le succès a-t-il un sexe ? ….Le pays sera-t-il sauvé par ses femmes ? …(Tribune de Synda Tajine)

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La-femme (Le succès a-t-il un sexe ?) – Le pays sera-t-il sauvé par ses femmes ? A vos stylos, vous avez quatre heures pour répondre à cette question.

Vous vous doutez bien que la réponse n’est ni un simple oui, ni un non retentissant. Les choses sont bien plus complexes, surtout dans un pays où tout est à reconstruire et dans lequel les valeurs des uns ne sont pas forcément celles des autres.

On pourra répondre « Oui », car les femmes sont la moitié de la société tunisienne et « Non » car être femme – ou ne pas l’être – n’a jamais prouvé la compétence – ou l’incompétence – d’une personne. Si l’on prenait des décisions avec son utérus ou avec son pénis, cela se saurait…

A la question tortueuse de savoir si les femmes seraient moins dotées d’intelligence et de raison que les hommes, les neuroscientifiques répondent sans détour. « Non, le cerveau n’a pas de sexe ! » voilà qui clôt un débat qui agite le monde depuis le XIXème siècle, posé par ceux qui estiment que la femme est forcément un être inférieur. La biologie n’est donc pas à blâmer dans l’absence des femmes dans les plus hautes sphères, la pierre est à jeter à l’apprentissage et donc à la culture et au rôle joué par la société.

n aura beau s’extasier devant la fermeté dont fait preuve la gouverneure de Sousse pour faire appliquer des mesures pourtant décrétées dans plusieurs gouvernorats du pays ; rêver devant les prouesses réalisées par l’Onstoppable Ons Jabeur au tournoi de Wimbledon et dont la défaite aujourd’hui n’enlève rien à son succès ; être fiers des résultats brillants réalisés par la lycéenne Maram Marzouki, qui a décroché son baccalauréat avec 20 de moyenne, ce n’est pas gagné pour autant.

  • L’avenir ne sera pas féminin tant que les mentalités et la conscience collective ne seront pas de son côté.

Aujourd’hui, dans le pays, les femmes sont sur tous les fronts. Elles déchirent tout. Elles sont mieux classées que les hommes dans les résultats du baccalauréat, elles réussissent là où aucun homme n’a jamais osé s’aventurer sur les courts de tennis et elles font preuve de plus de courage et d’intransigeance en défendant leurs valeurs. Mais, le sont-elles grâce au fait d’être femmes…ou, au contraire, malgré cela ?

Pour faire simple et pour éviter de vous perdre, chers lecteurs, les femmes ne sont ni meilleures ni moins bonnes que les hommes. Elles sont comme eux. Compétentes ou incompétentes, intelligentes ou pas très futées, mais ceci n’a rien à voir avec le fait d’être des femmes.

Elles ne sont pas moins capables de garer une voiture, de prendre les décisions qui fâchent ou de gérer une entreprise…ou un pays. Des milliers d’entre elles n’en sont, en revanche, pas conscientes car la société leur renvoie une image déformée d’elles-mêmes.

  • « Ons Jabeur devra couvrir ses cuisses et mettre une tenue plus décente afin de ne pas nous attirer la foudre divine » ;
  • « Peu importent les résultats réalisés par les lauréates au bac – premières au palmarès – leur place restera en cuisine » ; 
  • « Une députée se fait agresser ? Elle l’a bien cherché. Elle n’avait qu’à la fermer »…

Les hommes, eux, n’ont pas à faire face à ce genre de réflexions et de stigmatisation dans leur ascension. La société leur rend donc les choses bien plus faciles. Pour les femmes, en revanche, peu importe ce qu’elles font, elles auront toujours des comptes à rendre à un homme, un père, un frère, un mari, un collègue ou même un parfait inconnu. Un citoyen dont la virilité sera un peu trop menacée par son succès…

Le pays fait aujourd’hui face à une crise politique sans précédent et affronte une pandémie qui est en train de faucher des centaines de citoyens chaque jour – paix à leurs âmes. Mais, est-ce pour autant qu’il faut négliger la question de la place de la femme dans notre société ? Cette question-là, en revanche, ne nécessite pas quatre heures de réflexion.

Il est évident que le rôle de la femme dans la société tunisienne et le changement des mentalités autour de ses compétences sont loin d’être une « futilité ». N’oubliez pas qu’il s’agit de celui de plus de la moitié de la société tunisienne. L’avenir sera-t-il donc féminin ? A vos stylos, mais ne perdez pas trop de temps à y réfléchir…

Source : Synda Tajine / BusinessNews

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