La-Femme (Leadership Féminin) – Le 14 mars 2026 restera gravé comme une date historique pour la scène intellectuelle et académique tunisienne. Pour la première fois depuis sa création en 1983, l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts, Beït al-Hikma, a élu une femme à sa présidence. La professeure Raja Yassine Bahri succède ainsi au professeur Mahmoud Ben Romdhane, brisant un « plafond de verre » symbolique au cœur de la sagesse tunisienne.
Une victoire pour le mérite et l’excellence
L’élection, qui s’est tenue au siège prestigieux de l’Académie à Carthage, a vu Raja Yassine Bahri l’emporter avec 25 voix, face à des concurrents de haut rang tels que les professeurs Moncef Ben Abdeljalil (22 voix) et Khaled Ghedira (17 voix). Ce scrutin serré témoigne non seulement de la vitalité démocratique de l’institution — qui élit son président depuis 2015 — mais surtout de la reconnaissance par ses pairs du parcours brillant de cette universitaire.
Cette élection intervient dans un contexte empreint d’émotion, après le décès récent du professeur Sadok Belaïd, ancien président de l’institution, auquel l’assemblée a rendu un vibrant hommage.
Portrait d’une bâtisseuse de ponts culturels
Ancienne directrice du département des Lettres au sein de l’Académie, Raja Yassine Bahri n’est pas une inconnue dans les cercles savants. Professeure de l’Enseignement Supérieur à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, elle est une spécialiste internationalement reconnue de la civilisation espagnole et de l’histoire des Morisques.
Ses travaux de recherche, notamment sur les relations entre la Tunisie et l’Espagne aux XVIe et XVIIe siècles, ont permis de redécouvrir l’apport inestimable de l’héritage andalou dans l’identité tunisienne. Membre correspondante de la prestigieuse Real Academia de la Historia de Madrid, elle incarne ce leadership intellectuel capable de tisser des liens entre les deux rives de la Méditerranée.
Beït al-Hikma : Un nouveau souffle au féminin
En prenant les rênes de Beït al-Hikma, Raja Yassine Bahri s’inscrit dans la lignée de grands noms comme Ahmed Abdesselem, Hichem Djaït ou Abdelmajid Charfi. Mais son arrivée marque un tournant. Son leadership, forgé par des décennies de rigueur académique et de gestion de projets culturels (notamment la coordination de l’ouvrage monumental sur l’héritage andalou), promet de dynamiser l’institution.
Les enjeux de son mandat, qui débutera officiellement le 14 juin 2026, sont de taille :
- Renforcer l’ouverture de l’Académie sur la société civile.
- Encourager la jeune recherche scientifique tunisienne.
- Poursuivre le rayonnement international de Beït al-Hikma comme pôle d’excellence dans le monde arabe et islamique.
Un symbole pour toutes les Tunisiennes
Pour la-femme.tn, cette élection est bien plus qu’une nomination administrative. Elle est la preuve que les compétences féminines tunisiennes continuent de conquérir les bastions les plus prestigieux du savoir. Raja Yassine Bahri devient ainsi un modèle inspirant pour toutes les femmes chercheuses et intellectuelles, prouvant que le leadership se construit sur le socle de la persévérance, de la connaissance et de la vision.
À l’heure où la Tunisie continue de placer le savoir au cœur de son projet de société, voir une femme de la trempe de Raja Yassine Bahri présider Beït al-Hikma est un signal fort de modernité et de progrès.






























